Auteur : Thieu
Entre les lignes « Le flambeau »
« Le flambeau » est une chanson que j’ai écrite au retour d’un long voyage professionnel, entre Kuala Lumpur et Amiens. Une longue journée à devancer la nuit, d’est en ouest, et à retravailler les rimes sur un siège étroit ou dans les couloirs de l’aéroport de Dubai.
J’avais déjà la mélodie guitare en tête, les premières paroles ont jailli spontanément en doux remous et j’ai tiré le fil de cette chanson plutôt que de lui faire barrage.
En novembre 2017, mon fils avait alors près de 4 ans et les déplacements étaient devenus de vraies épreuves pour moi, en costume dans des pays trop chauds et loin du cocon familial.
Avoir un enfant m’a nécessairement confronté au poids des responsabilités, à un statut de “vrai” adulte. Je me retournais vers ces années qui avaient filé, et qui avaient emporté avec elles mon insouciance.
Les interactions avec un enfant de 4 ans sont étonnantes, on aurait envie de figer le temps pour préserver ces instants magiques ; on voudrait aussi pouvoir l’inverser, peut-être par jalousie. Rajeunir n’est pourtant pas impossible, je n’en avais pas idée.
Passer du temps avec un enfant, c’est voir le monde à travers ses yeux. C’est rêver avec lui. C’est retrouver l’insouciance, l’étonnement contemplatif du monde qui nous entoure, et ce dans ses plus modestes détails.
Le bain de jouvence est à la portée de tous, il suffit de s’ouvrir aux nouvelles générations, de lâcher prise, de retrouver ses rêves enfouis. Il suffit de se laisser remonter les rivières.
Entre les lignes de « Walnut Grove »
Cette chanson est un long fil pelotonné que j’ai tiré de mon cerveau, à partir de deux notes de guitare entêtantes, celles que l’on entend dès le début du morceau. Elles ont ressurgi du passé, après avoir raisonné en moi de longues années.
Depuis l’âge de 16 ans, je joue de la guitare. Passé un été à travailler dans l’atelier de mon père, j’avais économisé l’argent de poche nécessaire pour m’acheter une Epiphone Les Paul et un petit ampli Marshall. J´étais équipé pour jouer comme Slash, mon idole d’alors.
À 18 ans j’entrais en école d’ingénieur en agriculture. Je découvris très vite qui étaient les musiciens de la promotion. Un chanteur, un batteur, deux guitaristes. Le groupe Walnut Grove voyait le jour.
Notre répertoire s’axait sur des reprises de bon rock. Nirvana, Noir Désir, Smashing Pumpkins, Rage Against the Machine. Dès que l’occasion se présentait, nous nous donnions en représentation devant un parterre d’étudiants très conciliants.
En 1999, nous composâmes notre premier titre « Walnut Grove ». Je ne me souviens ni de la mélodie, ni des paroles. Seulement son solo à deux notes, diablement efficace.
18 ans plus tard (en novembre 2017), ma guitare entre les mains, ces deux notes voletaient en l’air comme un insecte ailé. Je cherchais à composer une chanson avec des mots aux douces sonorités. Le bruissement d’insecte aidant, « luciole » surgit des ténèbres, puis une délicate « libellule » posée sur sa branche. Le décor était planté : un coin de nature plongé dans la nuit.
La chanson commence de façon idyllique. Le calme, l’émerveillement. Mais le fragile équilibre de cette fable ne résista trop longtemps à la réalité. Car les petites maisons dans les prairies, les microcosmes tapis dans les feuilles et dans les mares… tout est systématiquement piétiné par notre activité humaine dévorante.
Que faire pour enrayer la machine ? Pour ma part, je me promène avec mon fils sur les sentiers, une loupe et des jumelles à la main, à la rencontre de la vie cachée dans les recoins. Comprendre et respecter la nature, voilà peut-être une réponse
Article de l’Est-Éclair (août 2022)

Un bel article de l’enfant du pays, par l’Est Eclair.
Merci à Claudine Maillot pour cette si agréable interview !
Entre les lignes du titre du court-album

Il m’aura fallu plus de 15 ans pour me remettre à l’ouvrage après mon premier album « Bal Bulle Ciment ».
Pourquoi une si longue pause ?
A vrai dire, le temps ne m’a pas paru trop long, bien au contraire. Les années ont filé.
Alors pourquoi maintenant ?
La crise de la quarantaine, évidemment !
Entre l’envie insatiable de profiter de ma petite famille, de voir grandir mon fils, et une vie professionnelle débordante, il m’a fallu trouver un équilibre funambule pour mener en parallèle ce projet un peu fou.
Quand on aime…
Le titre « en Quarantaine » s’est imposé de lui-même.
Je voulais mon court-album comme une invitation à voyager dans cette période de notre vie. Qu’on s’y promène les yeux et les oreilles grandes ouvertes, le nez au vent, comme si l’on explorait une nouvelle contrée, soucieux de n’en perdre aucun détail.
Mais voilà, la pandémie est passée par là, remettant en question le titre même du court-album. Pas question d’associer mes chansons à la maladie, à la peur et à l’enfermement !
Nico Babot, le photographe de ce projet, eut la bonne idée d’intégrer subtilement un 4 dans « QUARANT4INE » pour faire référence sans équivoque à mon âge.
Merci Nico !
J’espère que ce voyage dans mon univers vous plaira autant que j’ai pris plaisir à le créer !
Entre les lignes « Le Faiseur de parapluie »
La chanson traite de façon imagée du réchauffement climatique.
En 2006, au moment d’écrire cette chanson, je voyageais pour la première fois au Moyen-Orient. J’étais frappé par la triste beauté des paysages d’Iran, de Syrie ou encore du Pakistan, burinés par le soleil et fouettés par les vents poussiéreux.
Le concept du changement climatique était déjà bien présent dans mon esprit. Mes voyages dans ces régions désertiques m’apparaissaient alors comme une sorte de projection vers le futur.
D’une façon moins évidente, la chanson fait également référence à l’évolution de notre société, qui tend à céder à la facilité de s’approvisionner auprès des seuls grands centres commerciaux, entraînant le déclin progressif des vieux métiers et des petits commerces.
Mon père, et avant lui mon grand-père, étaient artisans tapissiers.
Le tapissier travaille avec d’autres métiers artisanaux tels que les menuisiers, les ébénistes. C’est donc tout un réseau qui collabore en harmonie.
À la mort de mon père, mon « petit » frère à peine majeur prit la courageuse décision de perpétuer ce noble métier. ll s’agit bien de courage, car mon père et ses confrères de l’époque souffraient déjà d’une érosion flagrante de clientèle, attirée par le tout-beau-tout-neuf.
Longue vie à tous les « petits » faiseurs de parapluie !
« Le faiseur de parapluie »
« Un peu plus bas !
Lance-t-il aux grives, aux moineaux
Plus bas !
J’attacherai mes chats s’il le faut
Rase-mottez mieux que ça !
Faites-moi pleuvoir des tonneaux
Des trombes à vous tremper les os !
☂️
Comment puis-je faire des affaires quand il fait un soleil radieux
Toutes les ombrelles, amen, sont mortes avec nos aïeux
L’insolation, je prends les paris, aura raison des plus vieux
« Pluvieux » ? Vous avez dit « pluvieux » ?
☂️
À vos échelles !
Lance-t-il aux grenouilles de son cerveau
Mes belles
J´veux vous voir toutes grimpées aux barreaux
Visez le ciel !
Faites-moi pleuvoir des tonneaux
Des trombes à vous tremper les os !
☂️
Gamin déjà j’aidais mon père confectionnant des parapluies
Ce stock de pépins démentiel, c’est le fruit de toute ma vie
Mais son usage est devenu rare, plus que tirer l’eau du puit
« L’eau de puit » ? Vous avez dit « de l’eau de pluie » ?
☂️
A capella
Il chante les fleurs, les oiseaux
La la la
Il chante consciencieusement faux
Arrosez-moi ça !
Faites-moi pleuvoir des tonneaux
Des trombes à vous tremper les os !
☂️
J’aimerais avant de mourir jouir de Cherbourg sous la pluie
Les rues gorgées de passants se promenant sous les parapluies
Y’aurait des rouges, des jaunes, toutes les couleurs de la vie
De la vie…
Toutes les couleurs de ma vie
Toutes les couleurs de ma vie »
Les coulisses du clip de « Tu t’éclates »
Le clip de « Tu t’éclates » a été tourné en juin 2021 dans le sud de l’Espagne, dans la région de Murcie où nous vivons avec ma famille.
Des scènes « réelles » (filmées en intérieur) se distinguent de scènes « imaginaires » (en extérieur), le personnage principal passant au cours de la chanson de la réalité à ses pensées.
Les scènes de danse se passent dans la commune de Puerto de Mazarrón, au bar El Faro Cafetería. Pedro nous a généreusement permis l’accès à ses terrasses : vue imprenable sur le port et la baie !
Les images ont été tournées par Juan Alfonso Moreno et Roberto Escalante, de GMT.
Le personnage principal est joué par ma femme Polina.
Les chorégraphies, superbes, ont été imaginées par Maria Gimenez.
Les danses sont interprétées par Polina, Maria et Idoia.
Des goélands ont bien tenté de leur voler la vedette, en s’attaquant au drone, mais Roberto a su déjouer leurs attaques dans cette joute aérienne.
Le montage est le fruit d’un travail collaboratif avec Juan Alfonso.
Plusieurs personnes remarquables ont donc participé à ce beau projet. Des rencontres enrichissantes et une belle aventure humaine !
« Tu t’éclates »
« Ce soir tes lèvres sont rouges
Tes yeux aussi
C’est quand même pas ce con qui va te pourrir la vie
Tu arraches l’étiquette à deux zéros de tes souliers vernis
👠
Est-ce que tu l’aimes encore ? Tu sais plus trop…
Tu le détestes alors ? Pas plus d’écho
Pourquoi son visage d’ange s’attache à ton cerveau ?
👠
Tu t’éclates !
C’est ça ! Depuis, tu revis !
Toi, tes copines en boîte
Tu danses, tu danses, tu rigoles toute la nuit
Et tu pleures aussi
T’as l’alcool triste un peu
Pis t’es fragile des yeux
Mais non, c’est pas ce con !
C’est, tu sais, c’est… Tu sais, c’est… Tu sais…
👠
Tu t’éclates !
C’est ça ! Et tu revis !
Toi, tes copines en boîte
Tu danses, tu rigoles, tu picoles toute la nuit
Et tu pleures aussi
T’as l’alcool triste un peu
Puis t’es fragile des yeux
Puis t’es fragile des yeux
👠
Non rien de rien
Qui regretterait un rien ?
Un moins que rien…
👠
Ce soir tes lèvres sont rouges
Tes yeux aussi »
Derrière l’image de « Tu t’éclates»

Nico est un photographe doué pour immortaliser les paysages de montagne, la lumière au petit matin, les nuits étoilées, la nature.
Jetez un œil à son travail fascinant !
https://www.instagram.com/thekiwifrog/
Peu de personnages dans ses clichés. Parfois la touche de couleur d’un randonneur ou d’une tente dans le décor pour se donner une meilleure idée des proportions.
Mais Nico sait aussi capturer des émotions. Son cliché illustre toute l’essence du titre « Tu t’éclates » : un mélange complexe de sentiments affichés et refoulés que l’alcool aide à révéler.
