Entre les lignes de « Walnut Grove »

Cette chanson est un long fil pelotonné que j’ai tiré de mon cerveau, à partir de deux notes de guitare entêtantes, celles que l’on entend dès le début du morceau. Elles ont ressurgi du passé, après avoir raisonné en moi de longues années.

Depuis l’âge de 16 ans, je joue de la guitare. Passé un été à travailler dans l’atelier de mon père, j’avais économisé l’argent de poche nécessaire pour m’acheter une Epiphone Les Paul et un petit ampli Marshall. J´étais équipé pour jouer comme Slash, mon idole d’alors.

À 18 ans j’entrais en école d’ingénieur en agriculture. Je découvris très vite qui étaient les musiciens de la promotion. Un chanteur, un batteur, deux guitaristes. Le groupe Walnut Grove voyait le jour.

Notre répertoire s’axait sur des reprises de bon rock. Nirvana, Noir Désir, Smashing Pumpkins, Rage Against the Machine. Dès que l’occasion se présentait, nous nous donnions en représentation devant un parterre d’étudiants très conciliants.

En 1999, nous composâmes notre premier titre « Walnut Grove ». Je ne me souviens ni de la mélodie, ni des paroles. Seulement son solo à deux notes, diablement efficace.

18 ans plus tard (en novembre 2017), ma guitare entre les mains, ces deux notes voletaient en l’air comme un insecte ailé. Je cherchais à composer une chanson avec des mots aux douces sonorités. Le bruissement d’insecte aidant, « luciole » surgit des ténèbres, puis une délicate « libellule » posée sur sa branche. Le décor était planté : un coin de nature plongé dans la nuit.

La chanson commence de façon idyllique. Le calme, l’émerveillement. Mais le fragile équilibre de cette fable ne résista trop longtemps à la réalité. Car les petites maisons dans les prairies, les microcosmes tapis dans les feuilles et dans les mares… tout est systématiquement piétiné par notre activité humaine dévorante.

Que faire pour enrayer la machine ? Pour ma part, je me promène avec mon fils sur les sentiers, une loupe et des jumelles à la main, à la rencontre de la vie cachée dans les recoins. Comprendre et respecter la nature, voilà peut-être une réponse

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