Entre les lignes de « Tu t’éclates »

« Tu t’éclates » a été écrite en avril 2007.

La chanson trouve son origine dans les discussions téléphoniques que j’ai pu avoir avec deux amies.

Elles ne se connaissaient pas, ne s’étaient jamais rencontrées, mais elles vivaient en parallèle une situation similaire : une séparation amoureuse

Leurs histoires avaient été différentes, mais avaient eu la même conclusion.

Troublantes ressemblances.

D’abord, l’une et l’autre avaient repris contact avec moi alors que nous n’avions pas échangé depuis des années, du moins pas aussi intensément.

On reconnait à cela les bons amis lorsque le dialogue reprend de façon instantanée et naturelle, même après une longue coupure, comme si l’on ne s’était pas parlé depuis la veille. Une reconnexion immédiate.

Les coups de fil se succédaient.

Après la colère, l’abattement, toutes deux affichaient la même volonté de profiter de la vie.

« Je m’éclates ! Je revis » me lançaient-elles. Encourageant.

Je ressentais cependant un décalage entre la joie rayonnante que chacune affichait et la tristesse que je décelai au fond d’elles, à l’autre du fil.

La magie du temps a fait son œuvre.

Au cours de notre vie, on relève finalement tant d’épreuves que l’on pensait insurmontables.

« Rupture »

« Voyons-y comme un commencement

La vie s’étale, un rien banale

À nous d’en tracer les tournants

N’y voyons pas un point final

Tout juste un d’interrogation

Où me mènera demain ?

Je n’en sais rien…

🚙

Je plie mes valises, range mes chemises

Mon auto blindée comme un char

Le monde s’effondre, poignées d’secondes

Mes yeux s’embuent et je démarre

Et je file et fonce à vive allure

Pas le temps de penser mes blessures

Sûr, m’attend un ciel azur

Pur, le parfum des fruits mûrs de cette rupture

🚙

Je m’enthousiasme puis je regrette

C’est tout Picasso dans ma tête

C’est moins grisant cet inconnu

Quand on sait qu’on ne reviendra plus

Je suis tout patraque, le bide en vrac

Pas le cœur à tourner les serviettes

Le doute me frappe comme une grande claque

Ébranle mes plans sur la comète »

Les coulisses du clip de « Rupture »

Le clip de « Rupture » est une animation réalisée par l’artiste américaine Jessieart.

J’ai imaginé un scénario et un univers que Jessie a su fidèlement restituer.

J’ose y partager une des leçons que je crois avoir saisi de la vie. Humblement.

Au début, cette pousse d’arbre qui végète un peu : c’est moi, c’est vous, c’est n’importe qui.

La vie nous amène parfois à prendre des décisions radicales. Les doutes nous assaillent, mais nous avançons quand même.

Les saisons s’enchaînent, et si l’on se retourne au bout d’un moment, on prend conscience que tout ce chemin parcouru a été jalonné de ces choix, parfois durs à prendre, avec leur lot d’euphorie, de doutes et de déchirements.

« Ai-je pris les bonnes décisions ? »

Les décisions peuvent-elles être bonnes ou mauvaises ?

Selon moi, toutes ces ruptures, aussi douloureuses soient-elles, sont nécessaires ; l’indécision menant quant-à-elle inéluctablement au regret.

Ce sont toutes ces ruptures qui, l’une après l’autre, nous construisent et nous font grandir.

Une fable moderne donc, plutôt des années 90 d’ailleurs si je me fie au modèle de la voiture.

Derrière l’image de « Rupture »

Photo de Nico Babot

Ce matin c’est le grand départ.

J’ai fait le plein hier, la pression des pneus et le niveau d’huile. J’ai même lavé la voiture. Je sais que ça ne sert à rien, que les 1500 kilomètres devant moi auront vite fait de la salir. Mais laver cette carrosserie hier à grande eau, c’était comme diluer mon angoisse.

Mon itinéraire est prêt, manuscrit sur une feuille de papier.

Passer Troyes, ce sera déjà une route sur laquelle je n’ai jamais roulé par moi-même. Et alors passer la frontière, je n’en parle même pas…

J’ai toute ma jeune vie dans ces valises. J’ai pris aussi ma guitare et une chaise.

Franchement, qui d’autre que moi emmènerait une chaise dans ce périple ?

Ce n’est pas n’importe quelle chaise ! Il y a tant de souvenirs imprégnés dans son tissu.

Je vérifie une dernière fois mon chargement. Tout est bien calé. Le moteur ronronne tranquillement.

Moi, je trépigne et je tremble. Mélange déconcertant d’excitation et de trouille pure.

J’ai petit déjeuné, sans pouvoir dire ce que j’ai avalé…

Je sens que ce voyage ne me laissera pas indemne.

J’ai gagné ma liberté, et l’enfant que j’ai toujours été me regarde s’en aller.

Un monde sans limite s’offre à moi. Ne voulais-je pas devenir explorateur ? J’ai la peur du grand saut…

Je tourne le contact, avance lentement et passe les grandes grilles blanches du jardin familial.

Photo de Thieu., Espagne, 2001

Entre les lignes de « Rupture »

 « Rupture » a été écrite en juillet 2004.

Jeune actif, je vivais alors à Rennes, en colocation avec des personnes de diverses nationalités. Mes déménagements successifs et cette nouvelle « Auberge Espagnole » me rappelèrent la parenthèse de mes études à l’étranger. Et je sortis ma guitare.

Quelques années plus tôt, donc, j’étudiai en Espagne grâce aux échanges universitaires Erasmus.

J’aurais pu rester tranquillement à Beauvais, où j’avais trouvé mon équilibre.

Cette décision de « rompre » avec la facilité avait été dure à prendre.

La Raison me faisait penser qu’étudier à l’étranger serait une expérience enrichissante, mais au fond j’étais terriblement angoissé.

Une foule de questions s’agitaient dans ma tête, sans réponses.

J’acceptai le grand saut.

Je partis en voiture de mon village natal, dans l’Aube.

1500km, 2 jours de route seul avec mes fantasmes et avec mes doutes.

Valencia !

Son climat, ses nuits endiablées dans les petits bars Calle de los Caballeros, ses tapas dans le quartier populaire de Benimaclet, ses bains de minuit et ses levers de soleil sur la mer…

Je me liai d’amitié avec des personnes de toutes cultures. Une expérience tellement épanouissante !

J’ai depuis toujours cherché à explorer la nature humaine, à travers notamment mes voyages à l’étranger. Et je vis aujourd’hui en famille dans le sud de l’Espagne, 20 ans après Valencia.

« Rupture » ne parle donc pas spécifiquement d’une rupture amoureuse, mais de toute grande décision que l’on peut être amené à prendre (ou pas ?) dans sa vie. On pense avoir beaucoup à perdre à tout chambouler, mais on a peut-être aussi beaucoup à y gagner !

Qui sait vraiment ?

Comme disent Bigflo et Oli : « Mieux vaut vivre avec des remords qu’avec des regrets. C’est ça le secret ».

« Rêves de gosse »

Nos rêves s’effacent en grandissant

Volés, voilés par le temps

Nos rêves de gosse s’effacent, font place

À ceux fabriqués par les grands

🧸

Tourne le temps

Tournent les têtes blondes doucement

🔎

Scellés nos livres d’images, de couleurs

Au grenier nos panoplies d’explorateur

D’explorateur…

🔭

Nos rêves s’effacent en grandissant

Voilés par le temps

Nos rêves de gosse s’effacent, font place

À ceux des grands

🧑‍🚀

Tourne le temps

Tournent les têtes blondes doucement

🚀

Envolés tes rêves de princesse, petite sœur

Au grenier avec mes guêtres d’explorateur

D’explorateur….

Thieu. et les enfants de Murcia

Le 8 octobre 2021, je viens à la rencontre de la classe des CE1, au Lycée Français International de Murcia (Espagne).

La classe d’Emmanuelle connaît déjà les paroles de « Rêves de gosse », chanson que la classe a apprise et a eu l’occasion de pratiquer en version karaoké. L’échange se base sur les questions que chaque enfant a pu préalablement me poser.

Un moment intense, tant pour les enfants que pour moi.

Pour des raisons de sécurité sanitaire, les enfants portent le masque. Ce qui ne les empêche pas de m’accompagner en chantant.

Voici le fruit de cet instant magique que j’ai pu capturer en son et en quelques photos. L’échange se fait en extérieur ; souffle une brise légère qui s’est invitée elle aussi dans cette chorale improvisée.

Les coulisses du clip de « Rêves de gosse »

Le clip de « Rêves de gosse » a été tourné en Espagne, dans la région de Murcia où nous vivons depuis 2 ans, ma famille et moi.

J’aurais préféré que cela soit chez mes parents, dans la maison de mon enfance, en Champagne. Mais en plein Covid, je me suis résigné à miser sur la sécurité et la praticité : les scènes intérieures ont été tournées dans notre maison, les scènes extérieures à deux pas de notre jardin.

La région bénéficie d’un fort ensoleillement et de températures clémentes au cours de l’année.

Nous sommes un matin de début janvier. La lumière est bonne.

Il fait un peu frais, mais le soleil et l’absence de vent rendent l’expérience agréable même en petite chemise.

Les collines sont plantées de superbes pins et d’une végétation de type méditerranéenne (romarin, thym). En cette saison, la flore environnante se pare de superbes teintes jaunes.

Acteur d’un jour, mon fils endosse le rôle de son père, quand j’étais enfant.

C’est bluffant comme il me ressemble.

Et c’est épatant comme il s’applique à cette tâche pas forcément si drôle.

Mon épouse prête son visage à cette « petite sœur » que je n’ai jamais eue.

Elle ne symbolise donc personne et représente toutes les femmes à la fois.

Derrière l’image de « Rêves de gosse »

Photo de Nico Babot

Nous nous connaissons depuis plus de vingt ans.

Qui mieux que Nico pouvait représenter visuellement mon univers ?

Comme chaque matin, je me prépare pour le travail. Je noue ma cravate bleue, celle-là même qui a appartenu à mon père, disparu.

C’est triste de perdre son père.

Mais faut-il être triste pour quelqu’un qui a su concrétiser ses rêves de gosse?

Flashback.

Je me revoie enfant, parcourant inlassablement le jardin familial. A cet âge, 7 ans, je connais toutes les espèces d’oiseaux des environs. Le vaste jardin n’est plus assez grand pour moi. Je me vois déjà ailleurs, explorateur-naturaliste à la recherche d’espèces animales encore inconnues.

Le temps s’arrête.

Mon double enfant me regarde avec tristesse à travers le miroir, les bras las le long du corps.

Accusateur, il m’interroge du regard : pourquoi ai-je grandi en laissant de côté les rêves si chers à l’enfant que j’étais ?

Qu’est-ce que je fais là, à nouer ma cravate ?

Les couleurs jaunes chaudes de mon enfance tranchent avec les couleurs bleues froides de l’âge adulte.

Dans un coin de la chambre, une seule touche de couleur. Cette chaise Louis-Philippe, tapissée d’un tissu moderne et frais. Le fruit du travail admirable de mon « petit » frère, aujourd’hui tapissier consciencieux, comme l’a été notre père.

Père / fils, ancien / moderne, adulte / enfant, rêves / réalité.

Une tempête fantastique dans ma tête.

A moi de changer les choses. Dès ce matin.

Il n’est jamais trop tard pour renouer avec celui que l’on a toujours été.

Entre les lignes de « Rêves de gosse »

“Rêves de gosse” a été écrite en mai 2007, lors d’un séjour chez mes parents, dans l’Aube.

Il faisait beau et je redécouvrais le grand jardin baigné de lumière, terrain de jeux inépuisable de mon enfance.

Enfant, j’étais captivé par la nature. Je passais des heures autour d’un petit point d’eau à observer tritons et libellules. Et quand il pleuvait, je lisais des romans d’aventures.

Je me voyais déjà devenir explorateur.

Et bien des années plus tard, en 2007, cette plongée dans mes souvenirs avait quelque chose de troublant.

J’étais alors jeune commercial export couvrant l’Afrique, l’Inde et le Moyen-Orient. Je voyageais en avion, je courais le monde en costume cravate. Que j’étais loin du Cousteau et du Paul-Emile Victor de mon enfance !

Ce beau week-end de mai, je réalisais soudain que je trompais l’enfant que j’avais été.

Pas d’aventure dans mes voyages d’affaires, pas de découverte d’espèce animale inconnue !

La chanson est évidemment mélancolique, car elle a été écrite dans ces conditions particulières. Ma guitare, ma voix, les rayons doux du soleil, les chants d’oiseaux, les cerisiers en fleurs, les souvenirs de mon père disparu. Il ne pouvait pas en être autrement.

Une balalaïka en guise de refrain ? Une idée de Pavle, qui m’a beaucoup plu.

Peut-être est-ce un clin d’œil à son enfance à lui (?).

L’arrangement de Pavle permet de rééquilibrer l’ambiance justement.

Car « Rêves de gosse » n’est pas une chanson triste ! C’est une prise de conscience : on ne devrait pas mentir à l’enfant que l’on a été.

Aujourd’hui, je suis effectivement devenu explorateur. En quelque sorte, du moins.

J’explore la nature humaine au fil de mes rencontres. J’accompagne mon fils dans la découverte émerveillante de la nature qui nous environne.

Et puis cette chanson, c’est aussi le fruit de cet autre rêve du grand gosse que j’étais à l’âge de 16 ans. Je me voyais composer des chansons et les jouer à la guitare sèche comme Kurt Cobain au MTV Unplugged de New York !