Derrière l’image de « Tu t’éclates»

Photo de Nico Babot

Nico est un photographe doué pour immortaliser les paysages de montagne, la lumière au petit matin, les nuits étoilées, la nature.

Jetez un œil à son travail fascinant !

https://www.instagram.com/thekiwifrog/

Peu de personnages dans ses clichés. Parfois la touche de couleur d’un randonneur ou d’une tente dans le décor pour se donner une meilleure idée des proportions.

Mais Nico sait aussi capturer des émotions. Son cliché illustre toute l’essence du titre « Tu t’éclates » : un mélange complexe de sentiments affichés et refoulés que l’alcool aide à révéler.

Derrière l’image de « Rupture »

Photo de Nico Babot

Ce matin c’est le grand départ.

J’ai fait le plein hier, la pression des pneus et le niveau d’huile. J’ai même lavé la voiture. Je sais que ça ne sert à rien, que les 1500 kilomètres devant moi auront vite fait de la salir. Mais laver cette carrosserie hier à grande eau, c’était comme diluer mon angoisse.

Mon itinéraire est prêt, manuscrit sur une feuille de papier.

Passer Troyes, ce sera déjà une route sur laquelle je n’ai jamais roulé par moi-même. Et alors passer la frontière, je n’en parle même pas…

J’ai toute ma jeune vie dans ces valises. J’ai pris aussi ma guitare et une chaise.

Franchement, qui d’autre que moi emmènerait une chaise dans ce périple ?

Ce n’est pas n’importe quelle chaise ! Il y a tant de souvenirs imprégnés dans son tissu.

Je vérifie une dernière fois mon chargement. Tout est bien calé. Le moteur ronronne tranquillement.

Moi, je trépigne et je tremble. Mélange déconcertant d’excitation et de trouille pure.

J’ai petit déjeuné, sans pouvoir dire ce que j’ai avalé…

Je sens que ce voyage ne me laissera pas indemne.

J’ai gagné ma liberté, et l’enfant que j’ai toujours été me regarde s’en aller.

Un monde sans limite s’offre à moi. Ne voulais-je pas devenir explorateur ? J’ai la peur du grand saut…

Je tourne le contact, avance lentement et passe les grandes grilles blanches du jardin familial.

Photo de Thieu., Espagne, 2001

Derrière l’image de « Rêves de gosse »

Photo de Nico Babot

Nous nous connaissons depuis plus de vingt ans.

Qui mieux que Nico pouvait représenter visuellement mon univers ?

Comme chaque matin, je me prépare pour le travail. Je noue ma cravate bleue, celle-là même qui a appartenu à mon père, disparu.

C’est triste de perdre son père.

Mais faut-il être triste pour quelqu’un qui a su concrétiser ses rêves de gosse?

Flashback.

Je me revoie enfant, parcourant inlassablement le jardin familial. A cet âge, 7 ans, je connais toutes les espèces d’oiseaux des environs. Le vaste jardin n’est plus assez grand pour moi. Je me vois déjà ailleurs, explorateur-naturaliste à la recherche d’espèces animales encore inconnues.

Le temps s’arrête.

Mon double enfant me regarde avec tristesse à travers le miroir, les bras las le long du corps.

Accusateur, il m’interroge du regard : pourquoi ai-je grandi en laissant de côté les rêves si chers à l’enfant que j’étais ?

Qu’est-ce que je fais là, à nouer ma cravate ?

Les couleurs jaunes chaudes de mon enfance tranchent avec les couleurs bleues froides de l’âge adulte.

Dans un coin de la chambre, une seule touche de couleur. Cette chaise Louis-Philippe, tapissée d’un tissu moderne et frais. Le fruit du travail admirable de mon « petit » frère, aujourd’hui tapissier consciencieux, comme l’a été notre père.

Père / fils, ancien / moderne, adulte / enfant, rêves / réalité.

Une tempête fantastique dans ma tête.

A moi de changer les choses. Dès ce matin.

Il n’est jamais trop tard pour renouer avec celui que l’on a toujours été.