Thieu. et les enfants de Murcia

Le 8 octobre 2021, je viens à la rencontre de la classe des CE1, au Lycée Français International de Murcia (Espagne).

La classe d’Emmanuelle connaît déjà les paroles de « Rêves de gosse », chanson que la classe a apprise et a eu l’occasion de pratiquer en version karaoké. L’échange se base sur les questions que chaque enfant a pu préalablement me poser.

Un moment intense, tant pour les enfants que pour moi.

Pour des raisons de sécurité sanitaire, les enfants portent le masque. Ce qui ne les empêche pas de m’accompagner en chantant.

Voici le fruit de cet instant magique que j’ai pu capturer en son et en quelques photos. L’échange se fait en extérieur ; souffle une brise légère qui s’est invitée elle aussi dans cette chorale improvisée.

Les coulisses du clip de « Rêves de gosse »

Le clip de « Rêves de gosse » a été tourné en Espagne, dans la région de Murcia où nous vivons depuis 2 ans, ma famille et moi.

J’aurais préféré que cela soit chez mes parents, dans la maison de mon enfance, en Champagne. Mais en plein Covid, je me suis résigné à miser sur la sécurité et la praticité : les scènes intérieures ont été tournées dans notre maison, les scènes extérieures à deux pas de notre jardin.

La région bénéficie d’un fort ensoleillement et de températures clémentes au cours de l’année.

Nous sommes un matin de début janvier. La lumière est bonne.

Il fait un peu frais, mais le soleil et l’absence de vent rendent l’expérience agréable même en petite chemise.

Les collines sont plantées de superbes pins et d’une végétation de type méditerranéenne (romarin, thym). En cette saison, la flore environnante se pare de superbes teintes jaunes.

Acteur d’un jour, mon fils endosse le rôle de son père, quand j’étais enfant.

C’est bluffant comme il me ressemble.

Et c’est épatant comme il s’applique à cette tâche pas forcément si drôle.

Mon épouse prête son visage à cette « petite sœur » que je n’ai jamais eue.

Elle ne symbolise donc personne et représente toutes les femmes à la fois.

Derrière l’image de « Rêves de gosse »

Photo de Nico Babot

Nous nous connaissons depuis plus de vingt ans.

Qui mieux que Nico pouvait représenter visuellement mon univers ?

Comme chaque matin, je me prépare pour le travail. Je noue ma cravate bleue, celle-là même qui a appartenu à mon père, disparu.

C’est triste de perdre son père.

Mais faut-il être triste pour quelqu’un qui a su concrétiser ses rêves de gosse?

Flashback.

Je me revoie enfant, parcourant inlassablement le jardin familial. A cet âge, 7 ans, je connais toutes les espèces d’oiseaux des environs. Le vaste jardin n’est plus assez grand pour moi. Je me vois déjà ailleurs, explorateur-naturaliste à la recherche d’espèces animales encore inconnues.

Le temps s’arrête.

Mon double enfant me regarde avec tristesse à travers le miroir, les bras las le long du corps.

Accusateur, il m’interroge du regard : pourquoi ai-je grandi en laissant de côté les rêves si chers à l’enfant que j’étais ?

Qu’est-ce que je fais là, à nouer ma cravate ?

Les couleurs jaunes chaudes de mon enfance tranchent avec les couleurs bleues froides de l’âge adulte.

Dans un coin de la chambre, une seule touche de couleur. Cette chaise Louis-Philippe, tapissée d’un tissu moderne et frais. Le fruit du travail admirable de mon « petit » frère, aujourd’hui tapissier consciencieux, comme l’a été notre père.

Père / fils, ancien / moderne, adulte / enfant, rêves / réalité.

Une tempête fantastique dans ma tête.

A moi de changer les choses. Dès ce matin.

Il n’est jamais trop tard pour renouer avec celui que l’on a toujours été.

Entre les lignes de « Rêves de gosse »

“Rêves de gosse” a été écrite en mai 2007, lors d’un séjour chez mes parents, dans l’Aube.

Il faisait beau et je redécouvrais le grand jardin baigné de lumière, terrain de jeux inépuisable de mon enfance.

Enfant, j’étais captivé par la nature. Je passais des heures autour d’un petit point d’eau à observer tritons et libellules. Et quand il pleuvait, je lisais des romans d’aventures.

Je me voyais déjà devenir explorateur.

Et bien des années plus tard, en 2007, cette plongée dans mes souvenirs avait quelque chose de troublant.

J’étais alors jeune commercial export couvrant l’Afrique, l’Inde et le Moyen-Orient. Je voyageais en avion, je courais le monde en costume cravate. Que j’étais loin du Cousteau et du Paul-Emile Victor de mon enfance !

Ce beau week-end de mai, je réalisais soudain que je trompais l’enfant que j’avais été.

Pas d’aventure dans mes voyages d’affaires, pas de découverte d’espèce animale inconnue !

La chanson est évidemment mélancolique, car elle a été écrite dans ces conditions particulières. Ma guitare, ma voix, les rayons doux du soleil, les chants d’oiseaux, les cerisiers en fleurs, les souvenirs de mon père disparu. Il ne pouvait pas en être autrement.

Une balalaïka en guise de refrain ? Une idée de Pavle, qui m’a beaucoup plu.

Peut-être est-ce un clin d’œil à son enfance à lui (?).

L’arrangement de Pavle permet de rééquilibrer l’ambiance justement.

Car « Rêves de gosse » n’est pas une chanson triste ! C’est une prise de conscience : on ne devrait pas mentir à l’enfant que l’on a été.

Aujourd’hui, je suis effectivement devenu explorateur. En quelque sorte, du moins.

J’explore la nature humaine au fil de mes rencontres. J’accompagne mon fils dans la découverte émerveillante de la nature qui nous environne.

Et puis cette chanson, c’est aussi le fruit de cet autre rêve du grand gosse que j’étais à l’âge de 16 ans. Je me voyais composer des chansons et les jouer à la guitare sèche comme Kurt Cobain au MTV Unplugged de New York !