
Photo de Nico Babot
Nous nous connaissons depuis plus de vingt ans.
Qui mieux que Nico pouvait représenter visuellement mon univers ?
Comme chaque matin, je me prépare pour le travail. Je noue ma cravate bleue, celle-là même qui a appartenu à mon père, disparu.
C’est triste de perdre son père.
Mais faut-il être triste pour quelqu’un qui a su concrétiser ses rêves de gosse?
Flashback.
Je me revoie enfant, parcourant inlassablement le jardin familial. A cet âge, 7 ans, je connais toutes les espèces d’oiseaux des environs. Le vaste jardin n’est plus assez grand pour moi. Je me vois déjà ailleurs, explorateur-naturaliste à la recherche d’espèces animales encore inconnues.
Le temps s’arrête.
Mon double enfant me regarde avec tristesse à travers le miroir, les bras las le long du corps.
Accusateur, il m’interroge du regard : pourquoi ai-je grandi en laissant de côté les rêves si chers à l’enfant que j’étais ?
Qu’est-ce que je fais là, à nouer ma cravate ?
Les couleurs jaunes chaudes de mon enfance tranchent avec les couleurs bleues froides de l’âge adulte.
Dans un coin de la chambre, une seule touche de couleur. Cette chaise Louis-Philippe, tapissée d’un tissu moderne et frais. Le fruit du travail admirable de mon « petit » frère, aujourd’hui tapissier consciencieux, comme l’a été notre père.
Père / fils, ancien / moderne, adulte / enfant, rêves / réalité.
Une tempête fantastique dans ma tête.
A moi de changer les choses. Dès ce matin.
Il n’est jamais trop tard pour renouer avec celui que l’on a toujours été.

